Olivier Paravel

N7 UNE ROUTE

Une route. De celles que le temps a lessivées à grande eau, étrillées, racornies de chaleur. Une route fourbue.

Cette route-là.  Qui avait autrefois la puissance d’un fleuve et poussait devant elle tout l’horizon, villes, bourgades, hôtels, garages, bars interlopes et routiers à prix fixe, tables en lisière de chaussée, parasols fichés dans la poussière. Sur ses bords s’inscrivait une suite ininterrompue de signes et de messages, flèches, triangles, croix, bornes, publicités. Par elle s’humanisait le paysage.

Cette route était autrefois un long tracé sans brisures, allait quelque part, allait droit au cœur.

Elle traverse aujourd’hui la terre gaste des pompes à essence abandonnées, des baraques pétrifiées, des structures métalliques dressées sur le fond du ciel, hiéroglyphes que personne ne sait plus déchiffrer. Elle côtoie des zones sans définition ni destination, jonchées de canettes et souliers crevés, hantées de chiens perdus.

Par endroits son écorce noire a éclaté comme un  vieux pneu. Par endroits elle s’enfonce dans le néant.

Qu’est-ce que c’est, une route qui meurt ? Un point posé, une phrase achevée ?

Une route qui insensiblement redevient  chemin, sentier, piste, une route qui reprend l’histoire à son début, recommence au désir toujours à vif, jamais assouvi, désir pulsant d’une seule chose, partir ?

Dominique Paravel

 

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